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vendredi 21 septembre 2018

Renaissance: la randonneuse au 21ème siècle

Rose Backroad Randonneur sur le site Cycling About

L'arrivée de plusieurs vélos et singulièrement du Rose Backroad Randonneur, un vélo au cadre carbone pesant 9.8kg tout équipé et du Décathlon Triban RC 500 et 520 m'ont poussé à accélérer la sortie d'un article sur le renouveau de la Randonneuse légère que j'avais dans mes cartons depuis le printemps. Une sorte de suite naturelle à l'article "un vélo de route capable de rouler sur chemins: avec quel vélo?" ici.
Le terme même de "randonneuse" risque d'irriter ou de provoquer un sourire un peu moqueur, car il est complètement ringard auprès d'une immense majorité de cyclistes en France alors qu'il est très tendance ailleurs.
Depuis qu'il est avéré que les pneus plus larges sont plus confortables partout et surtout souvent plus roulants que les pneus fins, on découvre (re-découvre devrait-on dire) le bonheur de faire du "vrai cyclotourisme" (encore un terme à effacer de notre vocabulaire, si j'ai bien compris la FFCT). Celui-ci est autant motivé par la découverte d'horizons plus ou moins proches et nouveaux, sans se soucier de la "roulabilité" d'une route, que par la volonté de le faire à bonne allure, sur des distances correspondant à une ou plusieurs journées de route (on ne parle pas de voyages autour du monde) donc éventuellement avec quelques affaires personnelles à transporter.
Mais au fait,


Qu'est-ce qu'une randonneuse?


Un peu paresseux, permettez de citer la définition qu'ont concoctée les Tontons vélos lisible en entier sur leur site:

"C'est une bicyclette destinée à la pratique du cyclotourisme, qui se doit d'être suffisamment universelle pour pouvoir randonner sans fatigue, par tous les temps, voire de nuit, sur n'importe quelle distance, et ce de façon confortable et agréable, au prix d'un effort physique accessible au plus grand nombre moyennant un entraînement progressif. 

Bien qu'émanant d'un site dédié aux vélos anciens, cette définition donne bien le "la" pour toutes les randonneuses, quel que soit leur âge. Elle décrit un vélo conçu pour une pratique définie.

Je retiens et mets en avant les éléments clé suivants:
  • Pratique orientée cyclotourisme: donc capable de rouler aussi bien sur route revêtue que non revêtue et même de manière minoritaire, capable de rouler sur chemins. Si la sortie dure plus d'une journée, il faudra pouvoir emporter un minimum d'affaires, sans pour autant viser l'autonomie totale.
  • Randonner sans fatigue: la géométrie privilégie le confort lors de sorties longues voire très longues vs les propriétés liées aux pratiques typées compétition (nervosité, relances énergiques nécessaires lorsque des tactiques de courses impliquent des efforts puissants et soudains).
  • Cadre léger: puisque le vélo est conçu pour aller loin, pendant longtemps, la légèreté doit être vue comme un des moyens de favoriser l'atteinte de l'objectif.
  • Capable de rouler par tous les temps: en gros, sous la pluie (la neige c'est particulier).
J'omets volontairement de ma définition ce qui touche aux matériaux, à l'éclairage et aux gardes-boue.
En effet, je pense que la définition ne doit pas contenir des solutions, ou de moyens de répondre au besoin. Il revient à chacun de choisir les matériaux, d'équiper ou non son vélo de garde-boues (ou de se protéger soi-même car on ne roule pas forcément en groupe), et de monter un éclairage fixe ou amovible.

Pourquoi parler de "renaissance" ? La Randonneuse était-elle morte?


Paradoxalement, c'est dans la France qui a "inventé" le cyclotourisme et la randonneuse que cette catégorie de vélo est considérée comme la plus dépassée, désuète et même "passéiste".
On ne trouve que très peu de randonneuses dans les commerces de cycles aujourd'hui et depuis 30 ans. Seuls les artisans et les boutiques spécialisées important des vélos étrangers (notamment anglais) vendent encore ces vélos, à défaut d'utiliser le terme.
Elle a cependant bénéficié d'un très fort regain d'intérêt sur le marché de l'occasion grâce à la tendance "vintage". Nous sommes assez nombreux à apprécier les vélos des années 70-80 pour leur esthétique combinée à une technicité largement suffisante pour nos besoins.
Donc la randonneuse est bien une espèce de vélo en voie de disparition en France, qui a frôlé l'extinction et quasiment circonscrite actuellement au marché de l'occasion.




C'était sans compter sur ceux qui nous agacent souvent; ceux qu'on maudit (ou envie, parfois) pour leurs facéties marketing:les américains.

Telle la nymphe qui sort de sa chrysalide, la randonneuse renaît grâce au gravel 


Les américains roulent depuis toujours sur des routes en "gravel" car il est fréquent que leurs réseaux secondaires ne soit pas goudronnés. La catégorie des vélos "gravel" a néanmoins été "inventée" et présentée par les as du marketing comme une nouvelle manière de faire du vélo, même une philosophie, plus en phase avec une pratique de sports au plus proche de la nature.
Ces vélos ont une géométrie taillée pour la performance, capables de monter des roues à gros pneus, pour rouler sur routes et sur pistes.
Au même moment, les VTTistes se sont mis à vouloir partir pour une nuit ou une semaine "en liberté" (bivouacs, tentes légères, etc.), et eux aussi ont "inventé" une nouvelle manière de transporter des bagages légers: le bikepacking (ça existait depuis les débuts du VTT et avait disparu avec les cadres diamants des VTT).
Bikepacking et gravel se rejoignent sur une approche assez minimaliste: partir léger, longtemps, rapidement sur des surfaces mixtes, routes et chemins: l'essence de la randonneuse depuis 1 siècle. Un retour à l'essentiel bienvenu tant le vélo de voyage s'était alourdi ces dernières années, sous l'influence de vélos "tour-du-monde" surdimensionnés pour nos routes et nos pratiques. Mais les constructeurs, toujours à l’affût d'occasions de provoquer le renouvellement d'équipements, ont sauté sur l'aubaine en promouvant ces "adventure bikes" comme la dernière pratique à la mode, en se gardant bien de qualifier leurs nouveaux vélos de randonneuses. Rares sont ceux qui revendiquent un "retour aux sources". Peu importe: le "gravel bike" et les vélos de cyclotourisme ne feront rapidement plus qu'un.
Pelago Stavanger Commuter sur le site Pelago 


A quoi ressemble la randonneuse du 21e siècle?

Une randonneuse moderne, même si elle garde un esprit et une fonction identiques à ce qu'elle fut historiquement, ne peut pas se tenir à l'écart des évolutions apparues dans le cycle pendant les 30-40 dernières années.

Commençons par le cadre. Certes, pour de nombreux nostalgiques, il n'existe de vraie randonneuse qu'en acier. Ils tiqueront en lisant ces lignes. Néanmoins, sans nier les bénéfices et les attraits de ce dernier, il n'y a aucune raison en 2018 d'en faire un pré-requis. Les randonneuses peuvent être construites en acier, aluminium ou carbone.
Il est vrai que ce dernier a d'abord été utilisé pour pour faire des vélos de compétition très légers et très rigides. Il est donc considéré à tort comme structurellement incompatible avec le confort. Mais on sait désormais l'utiliser différemment. Les fibres sont disposées de manière à garder une souplesse longitudinale pour le confort, tout en gardant la rigidité latérale sans perdre son attrait pour la réalisation de cadres et fourches légers. C'est un peu la même chose pour l'aluminium.
La randonneuse moderne Surly Midnight Special
Surly Midnight Special

Concernant la transmission, on a désormais plusieurs options pour arriver à des développements autour de 6m ou moins (si on charge) : triple, double compact 48-32 avec cassette 11-34 ou mono plateau. Manettes au cadre, combinées, ou au guidon.

Pour le transport d'un peu d'affaires pour faire étape, le cas échéant, là aussi on a le choix: les vélos sortis récemment, avec leurs cadres et fourches carbone ont les œillets AV et AR, ou sacoches attachées au cadre sans porte-bagages (bikepacking).
Si l'on veut partir chargé pour des escapades plus longues (125 kg de PTAC, vélo et cycliste compris), on peut monter des sacoches classiques ou modernes.
Pour transporter l'eau, on a bien plus d'options qu'avant: la place pour 2, 3 ou même 4 porte-bidons!

Pour les roues, les cadres et fourches laissent le choix: gros pneus ET gardes-boue si je veux. Pneus entre 25 et 50 mm. Roues de 650B ou 700, freins à disques (hydrauliques ou mécaniques) ou sur jante (qui seront de plus en plus difficiles à trouver sur les jantes 650B).

Pour l'éclairage, on a le choix: éclairage à batterie, dynamo de flanc ou dynamo dans le moyeux.
Pour la selle, liberté totale: cuir et lourde, légère en carbone. Chacun doit faire ses essais et ses choix. S'il y a bien un domaine où il ne faut se fier qu'à son derche, c'est bien celui-là!

A quel prix?

Dans sa gamme 2019  Décathlon propose 2 randonneuses modernes cadre alu freins à disques pour 650€ et 800€ en fonction du groupe choisi (Shimano Sora ou 105).
Les chasseurs de grammes et amateurs de vélos suréquipés pourront allègrement dépenser 3000€ pour un vélo tout équipé à 10kg. Mais bien sûr, il n'y a pas vraiment de limite.
Triban RC 520, sur le site Road.cc
Le cycliste a désormais le choix. Il peut, en fonction de l'argent qu'il est disposé à mettre, trouver des solutions pour rouler sur un vélo performant, disposant de toutes les avancées technologiques (ou de les refuser) afin de rouler en confort, pendant de longues sorties, sur toutes les routes et chemins carrossables de France et d'Europe.

Une excellente nouvelle.

La roue tourne. Enfin, l'offre de vélos grand public à différents niveaux de prix va remettre au goût du jour une forme de cyclotourisme comme on aurait souhaité qu'elle ne soit pas oubliée pendant 40 ou 50 ans. Notre pays est assurément le plus beau théâtre pour la pratiquer et cela représente un potentiel économique important dont les voies vertes et voies cyclables en plein essor ne représente que la partie émergée.

A côté de cela, d'autres options plus confidentielles demeurent, que les artisans n'ont jamais cessé de fabriquer. Tiens, si. L'un d'entre eux avait arrêté, mais il s'y remet. Gilles Berthoud se lance en 2019 avec des vélos "prêts-à-rouler", à côté de sa production "sur-mesures". Des belles machines destinées à ceux qui sont prêts à mettre 5000€ et plus dans un vélo (!). Si si, ça existe ! A voir sur leur site.
Nouvelle Randonneuse Gilles Berthoud JM-19 "Prête à rouler".


Qu'on l'appelle randonneuse ou autrement, elle est de retour, c'est sûr. Finalement peu importe l'étiquette, une chose est certaine: le cycliste a désormais un choix vaste d'options intéressantes y compris dans des budgets comparables aux autres catégories de vélos.
Vous l'aurez compris, personnellement je m'en réjouis.

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