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jeudi 9 mai 2019

Nouveau Groupe Shimano GRX: conçu pour le Gravel,intéressant pour le cyclotourisme

Shimano a annoncé le 7 mai la nouvelle famille de groupes GRX Gravel dédiés selon eux à la pratique en plein boom du Gravel mais qui à mon avis répond aux besoins de 90 à 95% des cyclotouristes qui ont de plus en plus de mal à trouver des groupes adaptés à leur manière de rouler depuis que le double compact 50/34 a envahi le marché. Cette annonce vient confirmer l'une des plus importantes évolutions depuis l'arrivée du VTT: la prise en compte des besoins des cyclistes routiers "normaux" et pas de ceux des compétiteurs censés être le modèle de tous, cyclotouristes compris.
Je laisserai à d'autres le soin de rentrer dans les détails des produits, mais je vous partage ici rapidement ce qui me paraît le plus intéressant pour nous-autres cyclotouristes (qui quittons le bitume régulièrement).

De quoi s'agit-t-il?

La nouvelle famille Shimano GRX se décline en 3 gammes: RX800 (équivalent Ultegra), RX600 (équivalent 105 et RX400 (équivalent Tiagra). Le client choisira une commande mécanique ou électronique (Di2). Je n'y connais rien à cette gamme électrifiée à commandes sans fil et d'ailleurs je ne m'y intéresse pas, par principe (déjà assez de batteries avec appareil photo et téléphone; pas envie d'avoir à gérer cela en plus et de risquer de tomber en rade).

Transmission:

Les groupes GRX introduisent des nouveaux pédaliers en mono (1x11) ou double (2x11 ou 2x10) avec des tailles de plateaux pour cyclos normaux (48x31 ou 46x30).
Le mono est destiné à ceux qui roulent sur des terrains sans grosses côtes et qui recherchent la simplicité (ou les costauds). Le double est plus adapté à la plupart des cyclos, à mon avis (je reviendrai sur l'absence de triple).
Combinés à des cassettes de 11 à 36 voire 40 ou 42 dents, on obtient une amplitude de développements adaptée au cyclo-tourisme dans toutes les géographies, toutes les routes/chemins, toutes les formes du cycliste (aux 2 sens du terme ) et tous les chargements (raisonnables) pour des vélos de cyclotourisme. Si on veut plus (cyclo-camping, tour-du-monde), les groupes VTT restent des disponibles: ils ont fait largement leurs preuves.

Freins

Shimano a conçu une nouvelle gamme de leviers de freins avec plus de confort, plus de bras de levier pour une puissance de freinage aux cocottes supérieure et quelle surprise, des mini-freins supplémentaires (genre cyclo-cross) pour freiner du milieu du cintre, en complément des leviers cocotes!

Vraiment intéressant comme proposition! Une nouvelle preuve que l'innovation radicale n'existe pas mais qu'avec de l'ouverture d'esprit, on peut reprendre les idées des anciens en les adaptant/améliorant.
Les freins sont à disques hydrauliques.

Roues

Je n'ai pas regardé très en détails mais ils sortent des roues en 700 et 650B adaptées pour des pneus larges (on appelait ça ballon il y a 50 ans 😉 ) conformes à la tendance actuelle et pour freinage à disques.

Pas de triple? 

Au risque de relancer un vieux débat et chagriner les anciens, le triple ne fait pas partie de ce groupe et a disparu  des configurations route haut de gamme (ils demeurent en Tiagra et Sora chez Shimano, mais n'existent plus chez Campagnolo). Pour 2 raisons simples: le triple a des inconvénients et leur utilité est perçue comme limitée depuis que les cassettes sont passées à 10 ou 11 vitesses avec des tailles de pignons extrêmes de 36 à 42 dents.

Inconvénients:

  • il prend de la place dont on a besoin pour offrir le choix de pneus larges (au delà de 40) en gardant un écartement au pédalier identique (phénomène accentué avec les cassettes 10 ou 11 v)
  • il est délicat de les régler en configuration avec cassettes 10 ou 11 v
  • coût/prix
  • poids inutile

Il n'y a plus vraiment de raison d'avoir un triple (sauf si comme moi on aime ça 😉 )

Le triple plateau a été inventé pour offrir des développements supplémentaires à une époque où on avait 5 pignons et 28 voire 30 dents max à l'arrière (et souvent pas plus de 25).
Avec le petit plateau du double à 30 ou 31 dents (ce qui était la taille du petit des premiers triples au temps où on avait du 52/42/30) et des cassettes avec pignons à 36, 40 ou 42 dents, on n'a plus besoin de mini-plateaux à 26 ou 28 sur des profils cyclotourisme (ils restent utiles en VTT et en voyage très chargé). Pour point de repère, 30x36 donne 1,78m de développement en 700x28, quasi identique à un 26x32.
Concernant la ligne de chaîne, s'il est théoriquement correct que l'angle de traction fait perdre de la puissance (les lois de la physique), c'est assez marginal; d'autant plus que la cassette 10 ou 11v est étagée pour rouler 99% du temps sur les pignons du milieu et donc que l'angle est limité dans ce cas.
Quant au plateau de 46 ou 48, c'est largement suffisant avec un pignon à 11 dents derrière avec 9 m environ de développement (le 50 ou 52 était le standard cyclo avec un pignon de 14 dents). Reste la question de la progressivité. Avec 17 dents et 16 dents d'écart entre les 2 plateaux, ça va obliger à jongler derrière lors du passage du grand au petit plateau.

Avec ces caractéristiques, la transmission GRX signe la fin du compact route 50/34 imposé aux cyclotouristes qui se plaignaient souvent d'être courts dans les longues montées raides quand un coup de fatigue se présentait, ou quand ils partaient chargés. Qui va s'en plaindre (surtout que le compact ne disparaît pas de la gamme route pour ceux à qui ils convenaient)? Je regrette juste qu'on soit forcé de choisir ce groupe en noir.

Pourquoi cette annonce est-elle significative?

Depuis la fin des années 80 et l'arrivée du VTT, les fabricants/vendeurs de vélos de route ont lobotomisé le marché (nous) en faisant croire que le meilleur vélo de route est celui qui est le plus proche de celui des coureurs pros. Ils nous ont contraints à acheter des vélos inadaptés à notre pratique en retirant du marché les randonneuses et en tenant des discours qui culpabilisaient leurs acheteurs potentiels. Si on n'était pas content parce qu'on voulait rouler sur des routes "normales" (et de temps en temps des routes non goudronnées), en transportant quelqu' affaires, sans se faire mal à la nuque ou au dos etc., on n'avait qu'à aller au diable ou:
1) rouler sur des vieux vélo
2) passer au VTT (ce que j'ai fait entre 1987 et 2009)
3) se brider en choisissant des VTC
4) plus tard, opter pour des tanks à l'allemande conçus pour rouler autour du monde

C'était un marché de l'offre (les clients achètent ce qui leur est proposé).

Grâce à quelques personnes et à Internet (qui a permis à ces personnes de se faire connaitre sans être obligés de passer par les canaux dominants que sont les fabricants, la presse du cycle qui ne vit que par et pour les premiers, les détaillants qui vendent ce qu'on leur demande de vendre), un nombre grandissant de cyclistes ont "vu la lumière". Oui, le vélo peut redevenir ce qu'il a été: un fantastique moyen de découvertes, de rencontres. Non, on n'est pas forcé de rouler sur des billards à se chronométrer dans la monté e de l'Alpe d'Huez. On n'est pas obligé de partir en vacances avec 2 vélos (route et VTT) si on veut rouler pépère un jour et vite le suivant, etc.
En consultant le site Shimano on voit bien qu'ils ont compris la tendance lourde: les cyclos ne veulent plus être contraints. Ils veulent aller où bon leur semble.

C'est parce que Shimano, l'équipementier dominant du cycle, a conçu ce groupe en écoutant les pratiquants non compétiteurs au lieu faire comme avant en visant les coureurs que cette annonce est importante à mes yeux. Elle confirme la tendance dont nous parlons depuis environ un an, corroborée par la sortie en 2019/19 de la gamme Triban 520 par Décathlon, initiée depuis plusieurs années par des fabricants moins connus comme Genesis. Elle témoigne qu'on est peut-être entrain de passer à un marché de la demande,dans lequel les vendeurs sondent vraiment les besoins et les pratiques de leurs clients pour leur fournir des solutions adaptées. Bien que Shimano n'ait pas donné les prix, j'anticipe que ces groupes seront placés de manière à permettre aux fabricants de proposer des vélos dans des gammes de prix très variées, en commençant à des niveaux proches des vélos de routes d'entrée de gamme actuels qui en bénéficieront en 2020.

L'élément déclencheur de ce mouvement de retour vers des vélos pour toutes sortes d'utilisations détachées de la compétition sur route a été la réintroduction (après 50 ans) par Jan Heine des pneus larges souples. Ce dernier a prouvé par des études sérieuses et documentées que confort et performance vont de pair alors que la doctrine était qu'il fallait choisir entre les 2. Les pneus larges ont permis de rouler sur pistes gravier et sur route avec le même vélo dans une seule sortie. Pas besoin de VTT pour les pistes et de vélo de course pour les routes. Grâce au bike-packing, l'image poussiéreuse des sacoches a été éliminée et donc les cyclos, jeunes comme moins jeunes se sont remis à envisager les sorties en autonomie légère, et ont logiquement demandé des moyens de fixer des contenants sur le cadre. Les œillets de fixation sont miraculeusement revenus sur les vélos, et en catimini les porte-bagages. Idem pour les garde-boues. Jan Heine a fait ce que personne n'avait fait: il a regardé l'histoire du cycle (particulièrement français) avec un œil bienveillant, intéressé et sans l'a priori que ce qui est nouveau est mieux. Il a utilisé ses compétences d'ingénieur, son amour du cyclisme, ses qualités de communicant pour "recréer" un marché pour des vélos de cyclotourisme performants et donnant du plaisir à rouler en partant à l'aventure.
Bref, le cyclotourisme ringard (les cyclos s'étaient pour beaucoup ringardisés aussi tous seuls) renaît de ses cendres par le biais du "gravel" et des "adventure bikes".  Le marketing des grandes marques - celui-là même qui nous a privés des vélos que nous voulions - vient souffler dans le bon sens. Franchement, ça me fait sourire et j'ai arrêté de m'en offusquer pour désormais m'en réjouir. L'important est que cette pratique se développe et qu'on retrouve des solutions adaptées dans toutes les gammes de prix, qu'on puisse rouler avec d'autres et qu'on se sente moins l'extra-terrestre.

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