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jeudi 3 mai 2018

Un vélo de route capable de rouler sur chemins: une évidence pour le vrai cyclotouriste. Mais avec quel vélo?

(Si la France et la plupart des pays voisins européens sont des paradis pour cyclotouristes et des randonneurs, c'est en grande partie grâce à un extraordinaire réseau de petites routes et de chemins qui permettent de parcourir le territoire sans devoir emprunter des routes passantes et dangereuses. Grâce à ces réseaux, on peut découvrir des paysages grandioses, des villages et hameaux pittoresques, humer les odeurs d'une nature préservée et variée.
Route forestière reliant le Col de l'Homme Mort au Col de la Barrière sur le Lingas (30)
Paradoxalement, une grande portion de ces routes est peu empruntée par les cyclos modernes roulant sur des vélos dérivés des modèles compétition. Ceux-ci, les yeux rivés sur les compteurs et autres capteurs de puissance, rechignent à emprunter ces routes moins bien revêtues voire non goudronnées et moins rapides. On voit finalement plus de cyclistes sur des départementales "jaunes" que sur les routes "blanches", les plus petites. Celles-là ne sont pas optimisées pour ces cyclistes en recherche de moyennes flatteuses.

Mais le  cyclotouriste dont la pratique est orientée vers la découverte plus que la performance a-t-il vraiment le choix? Le vélo qu'il s'est acheté chez son vélociste du coin lui permet-il de rouler sur toutes surfaces?




Si vous vous présentez chez un vélociste lambda (en France) en exposant votre désir de pratiquer le tourisme à vélo, il y a de grandes chances qu'il vous présente 3 catégories de vélos:

1) Le vélo de route, intrinsèquement inspiré de la compétition. La caractéristique primordiale mise en avant sera le poids, avec d'autres critères censés favoriser la performance.
2) le vélo "fitness", un vélo de route avec un guidon droit. Le critère de confort va être mis en avant, mais l'argumentation va reposer sur le remplacement d'un cintre course par un cintre plat censé favoriser une position plus confortable car plus relevée. Avantage: le vélo fitness est souvent capable d'accueillir un porte-bagage arrière. Monté avec des pneus de 25 en standard, avec changement de jantes il est possible de monter à 28.
3) Le VTC (vélo tous chemins). Costaud (lourd) il est équipé de tous les accessoires y compris d'une fourche télescopique et sa géométrie est conçue pour permettre une posture du cycliste assez droite. Il est monté avec des pneus de 35 environ.

Pour rouler un peu sérieusement sur nos petites routes, le vélo de route dit "de course" semble une évidence à tout le monde. Il y a pléthore de modèles, dans une grande gamme de prix. Mais que se passe-t-il si vous voulez sortir du bitume sur quelques kilomètres? Avec un vélo de route équipé de pneus de 25 mm de large, les plus courants, ça n'est quasiment pas possible. Le confort déjà rudimentaire sur route, est totalement absent dès lors que le revêtement se dégrade ou qu'il est composé de gravier/cailloux.
Route près de Lauzet (34)

C'est pourtant très dommage. Pour moi, le plaisir du cyclotourisme est de partir à la découverte du pays, sur des petites routes. Il m'est bien plus désagréable de rouler sur une route départementale à forte circulation et où les véhicules roulent vite que sur des routes de campagne au revêtement dégradé.

Le VTC: réponse habituelle de la majorité des vélocistes

Si vous exposez votre désir de rouler sur routes parfois un peu dégradées et même sur chemins, il y a de grandes chances que votre vélociste conseil, lobotomisé par les as du marketing, vous oriente vers un Vélo Tous Chemins (VTC). Avec un VTC, ça passe, bien sûr. Malheureusement, dans ce cas, vous vous retrouvez avec un vélo lourd qui va vous décourager dès la première côte. On est donc confronté à un dilemme: rouler loin sur un vélo léger et rapide mais qui doit rester sur du beau bitume, ou rouler de courtes distances sur des petites routes et chemins, avec un vélo lourd.

C'est très dommage pour la plupart des cyclotouristes. En effet, de nombreux cadres route ou ""fitness" aux géométries typées confort pourraient très bien faire l'affaire. Sauf qu'ils sont conçus la plupart du temps pour des pneus "taille fine" de 25 voire 28 dans le meilleur des cas (fitness, DKT Triban 520/540 FB). Or sur de mauvais revêtements, le principal facteur influençant le confort est le pneu et la taille de celui-ci et surtout sa souplesse.

Pneu plus large = pneu moins roulant?

La doctrine pseudo scientifique, même si elle apparaît couler du bon sens pour le néophyte, a pendant 30 ou 40 ans fait croire que plus un pneu était étroit et fin, plus il était performant. En réalité, les dernières études montrent qu'en conditions réelles, ça n'est pas le cas. Les vibrations engendrées par les aspérités de la route sont l'un des principaux facteurs de perte d'énergie, au-delà du frottement. Or un pneu fin doit être gonflé "à bloc" sous peine de risque accentué de crevaison par pincement. Il est dès lors performant sur route lisse mais insupportable et plus lent sur route dégradée. Non, en réalité, les pneus souples sont plus performants sur les routes de nos campagnes. S'ils sont suffisamment larges, ils permettent de rouler à des pressions moindres qui laissent les flancs du pneu jouer leur rôle d'amortisseurs. On y serait presque mais les cadres routes ne permettent pas de s'équiper. Dommage.

Heureusement, des solutions existent...

La randonneuse légère.

La randonneuse "à la française" a été conçue pour pouvoir monter des pneus de 28 ou 32. Ça n'est pas aussi large que les nouveaux pneus "gravel" mais c'est beaucoup mieux que 25! La randonneuse a totalement disparu des rayons des vélocistes mais on en trouve d'occasion (pas toujours bon marché d'ailleurs, car la mode du vintage est passée par là). Évidemment, en s'équipant de vélos de 30 ans, on ne retrouvera pas les avantages des vélos modernes, et sur la balance, on sera plus près des 12 kg que des 9 des vélos de route actuels. Un compromis qui a rebutera le plus grand nombre (même si je l'ai choisi, moi). Paradoxalement, il est plus facile de nos jours de trouver une randonneuse au Royaume-Uni (sur les sites britanniques, ça s'appelle un Touring Bike) qu'en France. En voici un exemple.
Egalement Décathlon a modifié son Triban 540 (vendu en standard avec des pneus de 25) pour accepter des pneus de 28 et je ne serais pas surpris que certains pneus de 32 passent (sans garde-boue bien sûr).

On peut aussi faire appel aux artisans français qui offrent tous dans leur gamme de tels vélos. Par exemple les cycles Cattin qui peuvent fabriquer sur mesure un vélo parfaitement adapté à votre pratique... au prix du sur-mesure, évidemment (qui ne revient pas forcément si cher que cela si on recherche un vélo parfaitement adapté et qu'on garde 20 ou 30 ans). Elle est traditionnellement fabriquée avec un cadre en acier haut de gamme (pas forcément tellement plus lourd que l'alu) mais je ne vois pas pourquoi il faudrait restreindre le terme de randonneuse à un vélo en acier comme certains voudraient le faire penser.

Dernière solution, se tourner vers la confrérie des 650, un groupe "d'irréductibles gaulois qui résistent à l'envahisseur" qui pense que la randonneuse classique chaussée de pneus en 650B est le seul vélo vraiment adapté à la pratique du cyclotourisme. Ils font fabriquer un très bon vélo pour un prix contenu pour une fabrication artisanale, mais qui dépasse quand même les budgets de beaucoup de cyclos. Le cadre n'étant pas fabriqué sur-mesure, je trouve néanmoins que la solution n'est pas si attirante: faible série et cadre à la géométrie standard. Personnellement, je préférerais pousser le budget un peu et faire un vrai sur-mesure. De toutes façons, pour moi, le choix du 650B ne se justifie que pour les cyclos de taille petite à moyenne. Pour un cycliste de plus d'1m80 je ne vois pas l'intérêt de cette taille de roues.
Randonneuse légère Cattin de style classique mais dotée d'équipements modernes


Le vélo "gravel"

Les américains ont compris très vite l'intérêt de créer un nouveau "segment de marché" et ont créé le vélo "gravel", conçu pour l'usage mixte bitume et chemins de terre "gravier". Ce vélo garde les caractéristiques orientées performances d'un vélo de route (géométrie, poids contenu), en modifiant certaines de ses caractéristiques pour permettre un usage polyvalent: passage de roues nettement plus larges por accepter des pneus larges (jusqu'à 42mm), œillets de fixation de porte-bagages et garde-boues, etc. C'est donc une excellente solution, mais malheureusement comme c'est le dernier truc sorti et que c'est le début de la mode, les prix sont élevés et on est loin de pouvoir s'équiper chez n'importe quel vélociste. Comme d'habitude, on fait payer les premiers pratiquants qui sont prêts à lâcher des sous pour faire partie de l'élite avant-gardiste qui développe ses codes. On parle dans le jargon marketing de "tribu".
Vélo Genesis Ridgeback


Alors dans ce contexte, que faire?

Pour les cyclotouristes qui ont un budget limité (500->1000€) et qui ne voient pas pourquoi il faudrait payer plus que pour un vélo de route équivalent, le mieux est selon moi d'attendre un peu.
En effet, Décathlon a trempé un orteil avec le Triban 100, un vélo d'entrée de gamme qui répond tout à fait au cahier des charges mais a été ciblé pour l'entrée de gamme. Il semble bien se vendre. Un vélo vraiment pas cher, mais qui du coup n'est pas doté des équipements de qualité que le cyclotouriste un peu plus ambitieux désirerait trouver sur un tel vélo. Je ne doute pas que Décathlon, comme d'habitude, démocratise le vélo gravel en reprenant les éléments de géométrie de son cadre Triban 100 sur un vélo de la gamme du 500 ou 540. Je serai surpris si l'année 2018 se terminait sans voir un tel vélo arriver dans les rayons.  [Edit 20/9/18: Décathlon a annoncé au R.U sa nouvelle gamme Triban qui accepte des pneus allant jusqu'à 38 et même 42 mm]


Pour ceux qui veulent un vélo polyvalent et performant qui ne rechignent pas à mettre plus, le gravel est une solution, mais le vélo d'artisan aussi. Dans le premier cas on met de l'argent pour un vélo léger, "dans le vent". Dans le second pour la qualité et la durabilité, ce qui ne signifie pas un vélo lourd pour autant et surtout un choix personnalisé de tous les aspects du vélo.

Reste l'occasion. Si on connait, qu'on sait faire la mécanique permettant de remplacer sans dépenser de main d'oeuvre ce qui peut ou doit l'être, c'est sans aucun doute le meilleurs rapport qualité/prix. Encore faut-il bien savoir ce qu'on cherche et être patient.

Quels cas d'usage pour une randonneuse moderne "compatible chemins"?

Vouloir/devoir rouler sur chemins

Lors de 2 de mes 3 dernières sorties, j'ai du emprunter des sections de route ou chemins non goudronnés. Dans le premier cas, je suis passé par choix sur un itinéraire planifié comportant des sections de terre. Pour le second, obligé de changer mes plans, j'ai tenté de rentrer à la maison au plus court en roulant sur une grande route, que j'ai rapidement décidé de délaisser à cause du danger. Mon seul échappatoire: une route en terre de 3 ou 4 km permettant de retrouver un itinéraire plus calme.
Sur la D127E pour quitter la route de Ganges et rejoindre la route de Murles (34)
Plus tard dans cette randonnée, j'ai choisi "à l'intuition" de tenter l'exploration le long de la Mosson, rivière qui passe à Montpellier pour éviter de passer par le quartier de la Paillade. Ce fut une superbe découverte. Si j'avais un vélo de route "classique", chaussé de pneus de 25, jamais je n'aurais pu prendre ces décisions.

Ces 3 exemples montrent que le vélo de route actuel standard (vendu en magasin de vélos) est une entrave à une pratique cyclotouriste orientée vers la découverte et vers la sécurité.

Je ne doute pas que dans 5 ans, la plupart des vélos de cyclotourisme permettent de monter des pneus larges qui entraineront les cyclotouristes qui le souhaitent sur des routes et des chemins plus calmes, leur faisant redécouvrir une pratique plus axée sur le plaisir et la découverte que sur la performance.

Partir sur 2 ou 3 jours

Dans cyclotourisme il y a "tourisme". Nous ne manquons pas d'opportunités pour partir sur 2 ou 3 jours en mode "carte bleue" (nuit à l'hôtel ou chambre d'hôtes, gîte d'étape etc.).
Le vélo de "course" actuel n'est pas équipé d'œillets pour monter un porte-bagage, même léger pour transporter quelques affaires. La mode "bike-packing" qui accompagne le "gravel" permettrait de pallier cela car elle prône des sacoches de cadres et autres  qui ne nécessitent pas de porte-bagages. Mais avec une sacoche de cadre, difficile de monter des porte-bidons. C'est pour cela que les vélos gravel ont des fourches équipées de fixations de porte-bidons... qui manquent au vélos "de course". 
Ma randonneuse Méral à l'Aigoual lors d'une virée de 2 jours (30)
Bref, encore une fois, la randonneuse classique était parfaitement adaptée au cyclotourisme. Le vélo gravel reprend le flambeau mais refuse l'approche porte-bagages qui l'obligerait à tomber le masque de l'"innovation". En effet, marketing oblige, le monde du Gravel veut éviter à tout prix d'apparaître comme la renaissance de la randonneuse. Il se présente comme "une approche totalement nouvelle du cyclisme, en liberté, venue des États-Unis". Les sacoches représentent selon eux à elles seules l'archétype du cyclotourisme ringard. Vous ne trouverez JAMAIS un vélo gravel en photo équipé de sacoches traditionnelles. Toujours des sacoches de Bikepacking (article à venir sur ce sujet).

Finalement, même si cela m'horripile, ça n'a aucune importance. L'essentiel est que le mouvement soit en marche et qu'on puisse trouver dans toutes les gammes de prix un vélo de route capable de se laisser emmener par un cycliste tourné vers une pratique du cyclotourisme découverte qui désire rouler sur une monture performante, adaptée aux ascension de cols de montagne comme à la plaine. L'influence de la mode Gravel aura pour cela été très bénéfique. Alors réjouissons-nous et ... patientons encore un peu!


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