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dimanche 20 mai 2018

3 jours en cyclo-camping dans l'Aude - étape 2


Lorsque peu avant 17 h, j’ai senti les premières gouttes sur mes avants-bras, je n’étais pas vraiment surpris. Les gros nuages s’amoncelaient depuis au moins une heure sur la montagne et particulièrement vers le Sud, notre cap général sur cette journée. Le lavoir couvert de Valmigère, village dans lequel nous entrions, tombait à pic pour nous nous mettre à l’abri le temps de nous couvrir, nous et nos sacoches non étanches.

Enfin, c'est ce qu'on se disait…

La journée avait pourtant commencé ce matin sous les meilleurs auspices météo.
Vers 6h30, il faisait jour dans la tente; mais il était trop tôt pour que les rayons du soleil en réchauffent déjà la paroi et ce faisant, nous rassurent sur le pronostic météo de la journée. Ce n’est qu’en sortant dehors que je j’ai su que la matinée serait belle.
J’adore ce moment précis de la journée, juste avant que les premiers rayons illuminent la scène en débouchant derrière une crête ou une lisière. Quelques minutes plus tard, le paysage change alors de teinte.

J’en profite pour flâner, écouter le silence et m’émerveiller en solo car Catherine est encore enfouie dans son sac de couchage à ce moment-là.

Mais le temps de la contemplation ne dure pas très longtemps. Nous avons un horaire: l’office de la Pentecôte à Ste Marie de Rieunette auquel nous avons prévu de participer est à 10h00 et nous souhaitons arriver un peu avant pour découvrir le site. Donc l’objectif est d’être prêts à 9h pour ne pas être pressés pour parcourir les 7 à 8 km qui nous restent à rouler (en descente). La mécanique est rodée. Donc à 9h15 nous étions en route. La descente est propice à un démarrage en douceur et à la découverte au détour d’un virage d’un joli hameau restauré (Molières/Alberte) avec vielles pierres, fleurs et une petite chapelle.

Mais il faut rester attentif pour bifurquer au bon moment: aucun panneau n’indique l’abbaye. Les sœurs ne cherchent pas à attirer les foules. Un petit km de montée et nous y sommes. Oh, ça n’a rien d’imposant. Quelques bâtiments. Une jolie église romane. C’est plus proche d’un prieuré que de Solemnes ou Cîteaux.

Après l’office (chanté en grégorien, pas franchement notre tasse de thé), l’une des sœurs nous propose de nous joindre à 3 autres personnes à qui elle fait visiter le cloître, normalement non visitable car situé au delà de la clôture. Curieux, nous les suivons. La sœur raconte que ce monastère très ancien a été abandonné pendant 250 ans et n’est redevenu habité que depuis 1994 lorsque
quelques sœurs l’Abbaye cistercienne Sainte-Marie de Boulaur dans le Gers sont venues la remettre sur pieds pour s’y installer. Il ne restait que l’église, encore debout mais en état intérieur dégradé. Les bâtiments actuels ont été refaits entièrement et le cloître conçu à partir de rien, construit par des artisans qui ont mis du cœur à faire du beau travail, dans les règles de leur art.

Pendant une vingtaine de minutes nous écouterons l’histoire de ce retour, celle de la vie dure, l’hiver, qui ne convient pas à toutes les religieuses qui y sont passées, en nous interrogeant sur ce qui pousse ces contemporaines à choisir librement cette vie…
Compte tenu de l’heure qui a tourné, il nous semble opportun de manger notre pique-nique avant de nous mettre en route, à l’ombre d’un des nombreux arbres au bord du ruisseau qui coule au milieu du site (rieunette , dérivé de l’occitan, veut dire petit ruisseau). C’est donc très tard, vers 13h, que nous partons pour de bon. 1h30 après ce que j’espérais… Une arrivée tardive à notre étape du
soir devenait une certitude car nous avions environ 50 km à faire ce samedi, avec du dénivelé.
La route qui remonte la vallée du Lauquet est rapidement rejointe après 2 km de descente. Nous allons la suivre pendant presque 10 km en longeant une charmante rivière tumultueuse en ce printemps arrosé, passant par quelques tout petits villages ou hameaux. C’est le cyclotourisme dans toute sa splendeur. La verdure, est constante, le bruit du ruisseau est un fond sonore quasi permanent. Les oiseaux, les fleurs et … aucune voiture, encore moins de cyclos. Nous sommes quasi-seuls dans un paysage qui n’est plus méditerranéen. C’est plus proche des piémonts de l’Ariège ou de la Haute Garonne.

Cette vallée n’est pas très raide, en tous cas au début. Mais nous finissons par la quitter et serons alors surpris de ne plus entendre le ruisseau et surtout de devoir monter la chaîne “à gauche”: la pente se corse. Je vois bien que Catherine souffle. Elle n’a pas la tête des bons jours. Il faut dire que nous
n’avons pas trouvé le troquet que nous espérions pour notre café rituel.
Villardebelle est notre dernier espoir, car c’est le sommet de la côte la plus longue et fatigante.

Ça serait le lieu parfait pour notre récompense. Mais non, rien. Ou en tous cas pas de café. Nous entendons la musique d’un orchestre de cuivre et le tohu-bohu d’une fête. “Ils ont peut-être du café?” On hésite à nous joindre aux convives qui déjeunent sous une grande tente. Dur de passer incognito comme les Duponts dans notre tenue cycliste. “Pas chiche”. Nous poursuivrons sans oser en décidant
de ressortir notre réchaud pour nous faire nous-mêmes notre café au prochain endroit agréable. Il y a tellement peu de voitures que nous choisissons de nous installer dans un virage de cette belle route, sur un parapet qui domine la vallée et offre un joli point de vue. En temps ordinaire, ça n’est pas notre
style de faire la pause à même le bitume. Mais là, 2 voitures seulement viendront rompre le silence pendant notre longue pause café. Nous reprenons notre route qui après une courte descente se remet à monter, mais plus gentiment. Les nuages s’amoncellent.

Et les gouttes qui se mettent à tomber caressent nos avants-bras. Il est plus prudent de s’arrêter pour s’équiper contre la pluie. Ce lavoir fera l’affaire…

A peine installés sous le lavoir, les petites gouttes se transforment en vrai orage. Il s’en fallait de peu que nous soyons trempés. Nous nous équipons mais Catherine comme moi savons bien que cette pluie n’augure pas d’une averse passagère. Après 10 à 15 minutes et aucune amélioration nous commençons à envisager la suite de notre programme. Réalistement. A 17 h30 et encore 25 km à parcourir dont les 2/3 en montée, nous ne nous voyons pas rouler sous la pluie.
Le bâtiment en face ne parait pas habité et le auvent qui le jouxte nous semble pouvoir nous offrir une protection bienvenue. Nous sommes entrain de nous interroger sur la possibilité de monter la tente sous cet abri providentiel lorsqu’une voiture s’arrête à notre niveau. Les occupants baissent la vitre et
nous interpellent: "l’eau du lavoir n’est pas potable! “Si vous avez besoin d’eau, allez la chercher à la fontaine là-bas!” (encore!; comme hier) . Cette intervention est un signe. Nous les remercions et les questionnons dans la foulée: “il semble que cette maison est inhabitée et qu’un espace sous ce toit
nous permettrait de monter notre tente pour nous protéger de la pluie; vous pensez que ça serait possible??” La dame nous répond du tac au tac. “Je suis la maire du village et cette maison, c’est la mairie. Pas de problème; pour une nuit, vous pouvez vous installer”. Ils ont du voir notre visage s’illuminer et ça a du leur plaire car l’homme renchérit dans la foulée: “vous passerez prendre
l’apéro ce soir??” Notre réponse non plus n’a pas tardé: “A quelle heure?” De fait, nous venions de décider de clore notre journée cyclo après seulement 33 petits kms. Une misère. Trop contents de pouvoir dormir au sec, nous nous en moquons et ne ferons aucun cas de la dalle de béton sur laquelle nous nous apprêtons à passer une nuit. Notre tente autoporteuse n’a pas besoin de sol meuble pour être montée avec des piquets et sardines et nos matelas pneumatiques feront l’affaire (contents d’en
avoir avoir des boudins assez épais). Nous sommes ravis de notre installation (la maire nous aura indiqué qu’à l’autre côté du bâtiment se trouvent des toilettes, et nous savons déjà où se trouve l’eau potable). Après la toilette sommaire au gant, habituelle en camping “sauvage”, nous sortons la carte pour revoir notre itinéraire du lendemain.

A 19h30 pétantes, nous sonnons chez nos hôtes. La pluie s’est enfin arrêtée, après 2 heures. Mais nous ne regrettons pas un instant d’avoir changé nos plans. Grâce à cette rencontre fortuite, nous allions avoir un peu plus le temps de faire la connaissance avec Isabelle et Didier autour d’une blanquette de Limoux.
Nous passerons une heure ainsi, à échanger, blaguer et en savoir plus sur la vie dans cette zone rurale. Ils s’étonneront que nous en connaissions tant sur leur région alors que nous ne sommes que des touristes (Didier est du village où j’ai fait le plein d’eau hier soir et je l’ai bluffé en décrivant la maison en face de celle ou il a grandi, à côté du lavoir d’hier). On leur explique que c’est
grâce au vélo et en prenant le temps de rentrer en contact avec les gens. Nous pouvons nous rendre compte que l’accueil dans nos territoire ruraux est chaleureux. Ils nous font la pub pour leur gîte de France (celui de la mairie, 200€/semaine pour 4 personnes), nous expliquent qu’ils reviennent de la fête des chasseurs du canton et que nous aurions du venir demander le café (ils étaient dans le groupe de bons vivants qu’on avait vus et entendus dans l’après-midi) qu’ils ne nous auraient pas servi, car ils n’en étaient pas encore là, mais un bon coup à boire (de toute évidence, la maréchaussée ne faisant pas le planton avec l’éthylotest à la sortie de la fête).
Après une heure, nous rentrons à nos pénates pour cuisiner sur notre camping gaz et terminer cette journée chiche en kilomètres mais riche en rencontres et découvertes de la région et de ses habitants.

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